Quoi de plus fascinant que de vivre dans une Awama, ces maisons flottantes sur les rives du Nil ? Passé prestigieux mais aussi sulfureux (elles auraient servi de maisons de passe au milieu du 20ème siècle), vue imprenable sur la ville, vieux bois et architectures vieillottes dans un style de fin du 19ème siècle.... Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ces logements un lieu de vie hors norme, digne d'un roman d'Agatha Christie !
Il ne reste que 33 de ces Awamas, derniers témoins d'une famille autrefois plus grande : on parle de plus 360 maisons flottantes au début du siècle, véritables palais pour administrateurs coloniaux et membres de la "jet set" de l'époque. Vivre aujourd'hui dans un tel endroit, c'est aussi choisir une atmosphère rare dans la ville du Caire, tant le développement anarchique de ces dernières années a changé la physionomie de la ville...
Et pourtant, peu de personnes osent franchir le cap . D'une part, les offres de location sont rares, mais régulières. Reste la volonté. Difficile de faire un tel choix lorsqu'on vient d'arriver au Caire, et que l'on ne sait pas qui croire. De nombreuses craintes émergent après avoir visité une Awama. Je vous propose une liste des clichés qu'il faut éviter, des avantages et des inconvénients de tels endroits :
Premier cliché à éviter : ce ne sont pas des bateaux ! Pas de risque d'odeurs de mazout. De même, toutes les légendes catastrophistes sur l'humidité, les rats, ou encore les vols, ne semblent pas fondées. Il n'y a en tout cas pas plus de probabilités d'avoir de telles nuisances sur une Awama que dans d'autres quartiers du Caire. Enfin, vous vivrez avec ce sentiment agréable d'échapper à la fureur de la ville. Tous ceux qui ont une adresse sur une Awama nous le disent. Une fois retirés sur le Nil, ils y oublient tous leurs soucis !
Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas d'inconvénients : pour les Awamas divisées en 2 étages, préférez le rez-de-chaussé, moins bruyant. En effet, le Nil est bordé d'avenues très passantes. Outre le bruit, cela pose le problème de l'accès aux commerces et marchés, voire au sentiment d'appartenance à un quartier de la ville. Vivre dans une Awama, c'est être relativement isolé entre le Nil et les grandes avenues. Cela ne veut pas pour autant dire que vous êtes à l'abri des regards. Les passages sont nombreux sur le fleuve. Chacune de ces maisons dispose d'ailleurs d'un numéro sur la rue... et d'un autre sur le fleuve ! Enfin, Imbaba et la place Kit Kat, le quartier adjacent, bien que possèdant un marché très intéressant, est très pauvre. Il vous restera alors Zamaleck, sur l'autre rive....
Néanmoins, tous ceux qui ont franchi le cap et vécus sur une Awama ne le regrettent pour rien au monde. Il faut bien imaginer l'ambiance : des chambres tout en bois (idéalement), une vue grandiose sur la Nil. Ici, aucun sentiment d'étouffement. Avec un peu de chance, des pêcheurs pourront parfois vous faire traverser le Nil. De quoi donner une âme à votre séjour dans la ville....