Sachant que nous allions rapidement quitter la chambre qui nous avait accueillie à notre arrivée, nous avons fait le tour des marchands de meubles nécessaires à l’aménagement sommaire de la maison que nous avions trouvée.
Rien n'est disponible : on achète sur "catalogue" et les artisans locaux mettent huit à dix jours pour réaliser la commande. La livraison s'est donc faite quelques jours plus tard à Taimani, un quartier agréable et vivant à l’ouest de Kaboul où nous avons élu domicile. Les livreurs se sont présentés avec la commande : une table, quatre chaises, un lit et une grande armoire pour nos vêtements d’hiver et d’été. Ils ont descendu le lit et le bureau qui ont pris place dans notre future chambre sans aucun problème. Ce fut ensuite le tour de l'armoire à trois portes. Nos quatre compères la descendirent avec précaution du camion et la portèrent devant l'escalier. Il fallait maintenant la faire passer par le couloir avant de passer dans la chambre. Et ce fut la surprise : l'armoire était trop volumineuse pour pouvoir rentrer par la porte du couloir. Après plusieurs essais infructueux sur le côté, sur le flan, en biais, l'armoire était toujours au bas des escaliers. Tout le monde se grattait la tête pour trouver la bonne solution mais il nous fallut constater l'évidence : l'armoire était trop haute pour la porte d'entrée. Il fut décidé qu'elle resterait dehors pour la nuit et qu'un menuisier viendrait dans la matinée du lendemain pour lui "couper la tête" et la faire rentrer dans son antre.
Au matin, j'étais préoccupé par cette histoire mais il fallait aller au travail. Dans quel état allions-nous la retrouver ? Le "carpenter" allait-il travailler correctement en notre absence ? Allait-il faire les retouches de peinture ? : telles étaient les questions que je me posais en prenant un taxi pour rejoindre la maison. Et, à mon arrivée, je fus confronté à une nouvelle surprise : l'armoire trônait au milieu de la chambre, sans une seule égratignure. Elle avait presque un air goguenard et semblait me narguer. Les portes du couloir et de la chambre étaient toujours fermement scellées et les explications très évasives de notre cuisinier ne réussirent pas à expliquer ce mystère. Nous avions fait l'acquisition d'une armoire magique !