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 Mon fier destrier : un vélo chinois à Kaboul
Mon fier destrier : un vélo chinois à Kaboul

Article de jean_Paul_Aubertin le 13/03/2006 10:55

J'en parlais depuis six mois peut-être et j'ai enfin commis l'irréparable : j'ai acquis un vélo chinois. Cela peut paraître une bien étrange idée mais un tel choix se justifie de plusieurs façons : l'inutilité d'un véhicule quand toutes les routes en dehors de Kaboul ne sont pas recommandables, des week-ends d'une seule journée qui, de toute façon, ne permettent pas de longs déplacements vers les seules villes du nord qui nous sont autorisées, le peu de crédit des véhicules d'occasion qui sont souvent en panne et l'omniprésence des embouteillages qui rendent difficiles et longs tous les déplacements en centre-ville.

J'ai donc acquis ce vélo tout en sachant qu'il faudra faire preuve d'une extrême prudence car la circulation n'est pas de tout repos. Les chaussées sont défoncées, meurtries par des hivers longs et rigoureux, ravagées par vingt-cinq ans de guerre. Par ailleurs, il faut se garder des véhicules tout-terrain, conduits à un train d'enfer par les fils de bonnes familles. Il n'y a pas de règles de conduite et la loi du plus fort ou du plus malin s'impose.

Aussi, pour rentrer du travail et pour éviter la cohue sur l'avenue principale de la ville, je remonte en contresens une rue parallèle sur un kilomètre environ. Aujourd'hui, j'étais suivi depuis un moment par un jeune garçon qui m'a finalement doublé en me jetant un petit regard conquérant... Par deux fois, nous avons emprunté le trottoir sur une partie du trajet car voitures et charrettes à bras occupaient toute la chaussée, pour ensuite reprendre la route en évitant le "jouille", sorte de caniveau très profond qui sert normalement à l'évacuation des eaux usées, le tout en évitant les piétons : les hommes, les enfants qui jouent aux billes sur la terre des trottoirs et, tout particulièrement, les femmes en burka qui ne nous voient pas et ne nous entendent pas venir.

Acquérir un vélo chinois, c'est aussi se convaincre qu'il va falloir faire preuve de dextérité et avoir le mollet solide car le cadre est lourd et rigide. Il n'est pas question de jouer du dérailleur pour reprendre de la vitesse. Il faut aussi savoir faire preuve de doigté pour doser savamment son effort sur des chaussées qui ressemblent assez souvent à de grands marécages : ne pas aller trop vite pour ne pas être éclaboussé jusqu'au milieu du dos et ne pas aller trop lentement pour ne pas avoir à mettre le pied par terre ou, plutôt, le pied au milieu d'une grande flaque de boue. Tout un sport !

Si les Afghans sont habitués à voir les occidentaux se déplacer en voiture, généralement avec un chauffeur, ils sont étonnés de vous rencontrer sur un vélo. Tous vous réservent le meilleur accueil et vous vous devez de répondre à leur enthousiasme par un claironnant "salam". Les autres cyclistes vous regardent, satisfaits de voir que vous partagez la même passion qu'eux et les jeunes se font un honneur de vous titiller et de vous doubler…

De toute façon, c'est le plus sûr moyen de ne pas passer inaperçu mais aussi de se fondre dans la population.








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