Si on vous parle d'un pays qui est malheureusement un des plus pauvres du globe, si on vous dit que ce pays sort de vingt-cinq ans de guerre, vous imaginez sans mal que les voitures doivent être rares et la pollution insignifiante, à fortiori dans une ville où les quelques usines existantes ont été détruites par la rage insensée de ses habitants.
Mais il vous faut déchanter car Kaboul est extrêmement polluée, encombrée par une multitude de véhicules mal réglés qui encombrent les rues poussiéreuses et défoncées d'une ville qui ne supporte plus toute cette population qui a abandonnée les campagnes environnantes. Des bus essoufflés, des minibus surchargés, des voitures qui ne gardent qu’un lointain souvenir de leur peinture d’origine, des charrettes tirées par des petits hommes barbus aux yeux bridés – les « karachis », ces charrettes à bras reposant sur un essieu de voiture, sont l'outil de travail des Hazaras, la minorité chiite d'Afghanistan - tout ce monde s'entrechoque dans un chaos indescriptible sous le regard bienveillant de policiers qui ont beaucoup de mal à faire respecter un semblant d'ordre. Toute cette circulation soulève une poussière grise et pénétrante qu'un vent coquin se plaît à déplacer. Des fenêtres peu jointives sont une bien mauvaise barrière contre cette poussière que l'on retrouve jusque dans ses draps et les tentures doivent être dépendues et lavées régulièrement pour garder une allure respectable.
Les bus, les taxis et les véhicules des ONG étaient, à la fin 2004, les seuls engins motorisés de ce pays où les gens sont encore bien trop pauvres pour posséder une voiture personnelle. Les taxis sans âge sont de couleur jaune et blanc, ils sont généralement bondés et leur entretien laisse à désirer. Il faut dire que le prix de la course est à la mesure de l'état de la carrosserie ou des pneumatiques et les clients sont à trois à l’avant et à quatre sur la banquette arrière. Les seuls véhicules bien entretenus sont ces 4x4 rutilants qui appartiennent majoritairement aux ONG et aux différentes officines des Nations Unies qui sont légion dans le pays. Il n'était pas exagéré de dire qu'une voiture sur quatre portait les couleurs d’une ONG, conduite par un chauffeur afghan qui est ravi d'avoir obtenu ce travail qui lui permet de faire vivre sa famille et quelquefois, ses voisins.
Deux ans plus tard, les véhicules particuliers sont plus nombreux et les embouteillages encore plus imposants.