mld66
Nouveau membre
Date d'inscription: 04-06-2008
Messages: 1
Envoyer un message privé
|
Re: Visiter Le Caire autrement
Je suis allée 2 fois en Egypte dans ma belle famille et je connais des endroits pour se restaurer et se déplacer par l'intermédiaire de mon époux. Voici le texte que ma première visite m'avait inspiré : REGARD D'UNE FRANÇAISE
Je suis française. Née dans la banlieue parisienne, l'Egypte a été mon premier voyage sur le continent africain. Le premier contact avec l'Egypte est celui de l'imaginaire nourri des cours d'histoire à l'école et des lectures passionnées sur les contes et légendes égyptiens. Comme le démontrent le succès de l'exposition du Musée du Louvre et, plus récemment, la popularité de l'exposition à l'Institut du Monde Arabe, il existe une véritable fascination des Français pour la prestigieuse civilisation égyptienne du temps des Reines et des Pharaons. Que ce soit l'univers magique des dieux ou l'avancée exceptionnelle de leurs connaissances scientifiques, l'Egypte est associée irrémédiablement à ce monde antique symbolisé par les vestiges archéologiques que l'on peut admirer dans les musées. De nombreux auteurs s'expriment sur le sujet dans leurs ouvrages romancés ou basés sur leurs découvertes scientifiques.
Lors d'un voyage au mois de janvier dans la région du Caire, mon regard a évolué par rapport au pays et au peuple dont l'existence contemporaine n'est pas bien connu en France. A l'arrivée à l'aéroport, j'ai été surprise par la présence militaire importante. C'était à la fois rassurant et oppressant, me rappelant le conflits internationaux. Bien vite, j'oubliai cette impression par l'accueil chaleureux qui m'était réservé. Je garde encore aujourd'hui dans mon cœur la flamme de cette chaleur humaine. En France nous reconnaissons le savoir faire des orientaux en ce qui concerne l'accueil. Mais, plus que la qualité d'un acceuil restant dans le domaine de l'apparence, j'ai été touchée par la qualité profonde des rapports humains. Pendant mon séjour, j'ai ressenti les bienfaits apportés par ces personnes de dialogue. Il y a, biensûr une tradition de transmission orale, mais aussi une possibilité d'exprimer son ressenti, la porte ouverte pour donner forme aux conflits, aux blessures de la vie et trouver matière à les résoudre dans la discussion familiale ou communautaire que l'on soit un homme ou une femme. Les malheurs trouvent leur place aussi bien que les bonheurs mais le comportement des êtres les uns envers les autres apporte une possibilité de résilience. Entre ville et village, il y a évidemment une différence de style de vie marquée, en ville, par une augmentation des distances affectives entre les personnes mais la générosité d'un dialogue agrémenté de nombreuses touches d'humour, garde sa place au quotidien. Beaucoup d'égyptiens rencontrés se sentaient soucieux de me montrer une bonne image de leur pays. C'était encore une raison d'être sensibilisée à leur attitude, leur sourire, leur façon permanente d'être attentif à l'autre.
L'Egypte, pour la française que je suis, c'est aussi une tradition musulmane. J'ai du m'habituer à entendre l'appel à la prière tous les jours, une parole rituelle chantée qui, à la fois, allonge et rythme le temps. Dans mon pays, l'église sonne plus souvent, tous les quarts d'heure. Là encore, le son des cloches aussi mélodieux qu'il soit est un bruit métallique et mécanique. Je ne fais pas l'éloge de l'appel à la prière mais il marque la présence prépondérante de la voix humaine dans la société. Même si je la comprends peu, je ressens la langue arabe comme une résonnance corporelle, une émission de sons influencés par les profondeurs du corps, transmettant directement les émotions, les états d'âme. C'est une langue poétique et musicale, traductrice de l'intimité. Je parle, ici, des musulmans car j'ai été hébergée dans une famille musulmane mais j'ai découvert de façon plus indirecte la religion copte, propre à l'Egypte. C'est une autre tradition de vie, une autre commmunauté qui coexiste et qui s'affirme d'abord, à mes yeux par l'architecture singulière des nombreuses églises présentes au Caire et dans les villages que j'ai traversés. Ma famille étant d'origine chrétienne, cette tradition de vie me semblait, d'ailleurs plus familière. Malgré la polémique que j'ai pu entendre dans les messages médiatiques, transmis notamment en France, j'ai ressenti, sur place, que les deux traditions coexistaient et trouvaient leur place dans la société égyptienne.
Ce pays est aussi le royaume de la fertilité et des couleurs. Les personnes qui ont voyagé dans les pays d'Afrique m'ont souvent parlé des couleurs magnifiques sur une terre de soleil. J'ai également pu m'emplir les yeux de cette palette de couleurs crée par la nature généreuse. Le Nil traverse cette terre ocre comme une artère nourrissante, laissant sur son passage bleu l'occasion pour la prolifération d'une verte nature. Ce vert se peuple du rouge des maisons et du blanc des vaches, des chameaux et des petits ânes acteurs omniprésents d'une activité agricole de qualité. Le Nil fécond a teinté le peuple qui le côtoie de sa générosité épanouie. Même si les constructions modernes cherchent à couvrir ce fleuve, il reprend ses droits et, la nuit, il inonde l'air de sa transpiration. Non loin de là, la présence ocre des terres désertiques offre un contraste saisisssant, un paradoxe naturel faisant partie intégrante du quotidien. La ville du Caire est aussi étendue qu'une région française et comporte multiples facettes depuis les quartiers résidentiels, ceux qui sont plutôt touristiques, le quartier des affaires, les quartiers pauvres et ceux dont la circulation automobile semble inimaginablement dense. Par rapport aux villages où l'air est agréable bien que parfois un peu poussièreux lorsque le vent vient caresser la terre sèche, la pollution, dans ces quartiers, charge l'air d'une poussière noire désagréable et asphyxiante. Les voitures dont les modèles datent des années 70 sont conservées en parfait état de marche. Ce qui, à mes yeux, est une catastrophe du point de vue écologique, doit être le choix du type de carburant dont la combustion encrasse l'atmosphère.
J'ai bien conscience que mon court séjour, localisé dans la région nord, n'a pu me donner qu'une première impression de l'Egypte avec toutes les limites de mes valeurs françaises. J'ai le souvenir d'avoir décelé au travers des médias, les traces d'une grande civilisation passée mais encore proche, animée des chansons de la sompteuse Oum Kalsoum et des créations cinématographiques inoubliables qui passent inlassablement à la télévision. Je garde cependant la certitude d'avoir rencontré, aujourd'hui, des gens qui, en dehors de leur qualités humaines, sont dotés d'une grande énergie, d'une grande ingéniosité pour trouver des ressources de vie et d'activités sociales. Le tourisme reste biensûr une ressource économique importante, mais beaucoup de personnes ont une autre activité économique qui reste locale. Les enfants me semblent bien encadrés par une scolarité sérieuse. Dans ma conception alimentée de mes études en sciences de l'éducation, j'ai eu le sentiment que les énergies naissantes de la jeunesse se trouvaient étouffées dans l'œuf. J'aurais la tendance, peut-être un peu trop réflexe de l'européenne impliquée dans les sciences de l'éducation, à parler d'une éducation qui manque de créativité et d'organisation, voire de recherche. Il y a un potentiel extrêmement riche dans toutes ces personnes autodidactes comme, par exemple cet homme qui a développé ses compétences dans l'exploitation de ruches sans y être formé. Dans ce pays où le diplôme est important pour trouver une activité rémunératrice, les personnes ne semblent attendre que des encouragements à leurs initiatives (peut-être par la validation de leurs acquis et de l'expérience professionnels), leur créativité et l'expression de leur identité d'Egyptienne et d'Egyptien qui pourraient apporter beaucoup au monde, à la France que j'aime. J'y retourne bientôt, cette fois à Alexandrie en passant par le Caire pour embrasser la belle famille.
|