Paris je t'aime... Le principe est simple : dix-huit courts métrages d'éminents cinéastes, chacun consacré à un arrondissement de Paris, sont réunis dans un seul film dont le titre exprime la volonté scénaristique : écrire une déclaration d'amour, à la vie, à Paris, aux êtres qui l'habitent.
Exploration de la capitale en des termes affectueux, observation de la vie des gens, qui se séparent, se croisent, se retrouvent, apprennent à s'aimer, divorcent ou se déchirent... A chaque quartier son histoire : nous voyageons avec les personnages dans des endroits plus ou moins connus, plus ou moins touristiques et traités également... avec plus ou moins de réalisme et de succès.
En effet, si l'idée même du film reste belle, tout n'est pas à la hauteur des ambitions du producteur. On peut par exemple regretter que dans certains courts, Paris ne demeure qu'un prétexte à une histoire qui pourrait se situer n'importe où. C'est par exemple le cas de Quartier Latin de Depardieu-Auburtin, où n'importe quel restaurant un peu chic aurait fait l'affaire, de même que n'importe quelle avenue aurait convenu dans Parc Monceau de Cuaron.
De la même manière, certains scénarios sont très faibles, voire pitoyables et n'ont pas à mes yeux leur place à côté de vrais travaux de cinéastes, profonds et intelligents. Je pense notamment à Porte de Choisy de Christopher Doyle, stupide, vulgaire et incompréhensible.
A côté de cela, on trouve des courts vraiment très bons, touchants, ou drôles, avec un point de vue de réalisation original, mais aussi un regard humain et argumenté sur la ville de Paris : là s'effectue le voyage. D'un seul coup, la ville n'est plus un prétexte, mais devient un personnage à part entière, qui à son rôle dans les rapports entre les êtres, agit directement sur la vie des gens et influence leurs comportements. Un regard critique s'exerce alors, nous amenant à nous interroger sur notre capitale, ses faux-semblants, ses disparités sociales... La vision des français par les frères Coen, dans Tuileries, est ainsi hilarante. On n'en dira pas plus si ce n'est que métro, Joconde et bohème ne font pas toujours bon ménage... Loin du 16°, de Walter Salles (Carnets de voyage) et Daniela Thomas, de très loin mon favori car le plus fort émotionnellement à mes yeux, reste quant à lui d'une sevérité absolue sur les classes sociales. Là, Paris est remis en question : amour ou haine? Il y règne un mélange ambivalent de douceur et de cruauté dont le personnage principal est le reflet.
D'autres réalisateurs ont choisi, au contraire, de parler de la beauté de la cité, avec un point de vue tendre et bienveillant, sur cette grâce de Paris, finalement fragile et maladroite, à l'image par exemple de la jeune fille de Faubourg Saint-Denis interprétée par Nathalie Portman (film de Tom Tykwer).
Bref, même si le tout est inégal, Paris je t'aime vaut tout de même le déplacement, ne serait-ce que pour le petit nombre de vraiment excellents courts métrages. Et puis, ce film représente une occasion rare de voyager dans des lieux que nous connaissons tous au moins un petit peu, de les rédecouvrir sur un autre angle, et l'espace d'un instant, d'arrêter de marcher dans ses rues comme des français. Nous empruntons sur notre propre capitale le regard d'étrangers... Et ça fait du bien.