Comment tomber amoureux(se) d'un pays en un seul clin d'oeil ?
Et qui plus est, d'un pays que l'on ne connaît pas ?
La Corée... Il suffit pour cela de se plonger dans l'oeuvre et l'univers du cinéaste Kim Ki-Duk, maître incontesté du septième art coréen. Kim Ki-Duk est né en Corée du Sud. Après deux années d"études passées en france entre 1990 et 1992, il est rentré dans son pays et s'est lancé dans le cinéma, totalement autodidacte.
Chacun de ses films est une rencontre, une révélation. On ressort souvent bouleversé par ses films qui, en plus d'une esthétique accomplie, traitent en permanence de la dialectique entre la vie et la souffrance. L'être humain, fragile, est toujours confronté à la violence du monde, à la violence qu'il s'inflige. Le cinéaste filme des personnes seules, vulnérables avec un passé douloureux, trouble, des êtres de silence qui communiquent autrement, dans la souffrance, le désir inassouvi. Mais s'il les filme fleurtant avec le mal, ils ne sont jamais déshumanisés.
Locataire, Samaria, L'île, Cost guard... sont toujours dans l'extrême tension.
Mais venons-en à mon préféré, à mon coup de coeur qui m'a fait dire : "Je veux aller en Corée".
Il s'agit de Printemps, été, automne, hiver... et Printemps, film à priori un peu à part en comparaison des autres films précédemment cités, même s'il aborde, de manière plus détournée, les mêmes thèmes.
Printemps, été c'est l'histoire d'une fable, d'un apprentissage.
C'est l'histoire d'un jeune enfant qui partage sa vie avec un vieux moine dans un temple perdu au milieu des montagnes. Il ne se passe rien ou presque, la vie s'écoule au rythme des saisons, lentement : l'eau succède à la neige, le silence au silence. Et notre enfant grandit, ouvre les yeux, découvre la vie.
Chaque saison est l'occasion de nous montrer son apprentissage, le printemps réveille ses esprits et ses sens : c'est la perte de l'innocence, l'automne de la vie avec ses noirceurs, ses douleurs et l'hiver, la rédemption. Quand revient ensuite le printemps...
Cycle de vie, cycle des saisons... Kim Ki-Duk filme avec une poésie profonde, intérieure...
On ressort de ce film habité par le silence, par les espaces et la beauté saisissante des paysages....
Sans vouloir comparer les films, cela m'a procuré la même sensation que la Balade de Narayama, chef d'oeuvre du cinéaste japonais Imamura.
Peut-être parce que les Asiatiques sont capables de filmer la nature autrement, personnifiée, vivante, douloureuse et complexe, amie, et ennemie...
Toujours est-il que Printemps, été est un film magique... auquel on pense très souvent... et qui donne envie d'aller se perdre au milieu des eaux, dans un temple perdu au coeur des montagnes coréennes.