Bon courage ! est le récit d'un journaliste anglais, Richard Wiles, qui s'installe avec sa femme dans un petit hameau, le Mas Mauvis, au nord de la Haute-Vienne. Au fil des pages, on suit l'avancée des travaux dans la grange qu'ils ont achetée (quelques passages un peu longs à mon goût); on découvre la gastronomie locale et surtout on fait connaissance avec les autochtones et les traditions locales. Richard Wiles est donc au Limousin ce que Peter Mayle est à la Provence (bien que je préfère le second). La France décrite avec l'humour british, ça vaut son pesant de cacahuètes...
J'aimerais bien pouvoir dire - chauvinisme oblige - que les descriptions de Richard Wiles sont exagérées, mais pour avoir moi-même passé plusieurs semaines à St Léger-Magnazeix, le patelin le plus proche du Mas Mauvis, je suis bien obligée d'admettre qu'il ne s'agit même pas de caricatures. Que ces pauvres anglais soient terrorisés à l'idée de faire les courses dans l'épicerie locale, je le comprends. Qu'ils n'osent plus entrer dans le café du bourg est légitime, moi-même j'ai cru que je n'en sortirai pas vivante. Non pas qu'il y ait une quelconque malice chez l'indigène, non, disons-le simplement un peu patibulaire.
On est donc obligé de supposer qu'il n'y a que du vrai dans l'évocation de l'agriculteur qui ressemble à Hulk (la couleur verte en moins) ou de la voisine qui les kidnappe pour les gaver de biscuits en passant par l'installateur de fosse sceptique qui picole en cachette dans son van.
Comme dans le livre de Peter Mayle, on retrouve ces pauvres anglais aux prises avec les méandres de l'administration française et si Peter Mayle découvrait à ses frais que le mistral n'était pas une pure invention de l'esprit, Richard Wyles découvre lui que camper dans une grange en automne n'est certainement pas une bonne idée en Limousin. Surtout quand ladite grange est infestée de rats. Non, il ne fait pas toujours chaud en France !
Ce qui est intéressant dans le livre de Richard Wiles, c'est qu'il illustre aussi une problématique très actuelle du Limousin : la vague d'imigration anglaise. On découvre vite dans le livre que, finalement, la plupart de des voisins de notre journaliste sont anglais. Dans de très nombreux coins de la région, on entend actuellement parler davantage la langue de Shakespeare que le français... Cela a des répercussions bien sûr positives : le repeuplement des campagnes et la réhabilitation du patrimoine bâti. Mais il y a aussi des effets négatifs (du point de vue français) : la hausse fulgurante des prix de l'immobilier et la difficulté qu'ont parfois certains anglais à adopter notre langue.
Bon courage !, c'est aussi cela : deux cultures qui se regardent d'un oeil un peu soupçonneux et moqueur. Mais la morale est finalement celle-ci : se moquer des travers des uns et des autres, certes, mais toujours avec une certaine tendresse.
Bon courage, donc, à tous les anglais qui viennent peupler notre Limousin, puisque la plupart des français le dédaigne...