Laurent GAUDE : "Le Soleil des Scorta"
C’est le soleil des Pouilles, du Gargano que nous avons visité l’an passé ! Ce court roman couvre une période d’un siècle dans un village misérable dont la seule richesse est le soleil. Histoire de bandits, d’honneur, d’émigration vers New York qui rejette les enfants malades ; vers la fin, contrebande des cigarettes et émigration clandestine en provenance de l’Albanie proche. La sueur du travail aux champs, huile d’olive….Très bien écrit. Attachant.
BULWER LYTTON : "Les derniers jours de Pompéi"
Mon livre de chevet à Naples et pendant notre voyage dans les Pouilles. Il s’agit d’un recueil de textes autour des derniers jours de Pompéi avec également les textes de différents auteurs en commençant par le récit de Pline le jeune. J’ai toujours cru que j’avais lu les Derniers Jours de Pompéi. Quelques images venant du film dont j’ai dû voir des séquences étant ado… peut être. Le livre n’est pas du tout destiné aux enfants. Il fait la part belle à l’histoire des idées des religions toutes sortes de détails qui passent au dessus des préoccupations des adolescents… passionnant surtout après la visite du Musée de Naples avec les salles consacrées aux maquettes du Temple d’Isis.
Dominique FERNANDEZ : "Porporino ou les mystères de Naples"
L’autre livre de chevet de ces vacances ! Que je croyais également avoir lu autrefois. D’où l’intérêt d’une relecture. La première partie retraçant l’enfance calabraise du castrat m’était complètement sortie de la mémoire. Tous les détails de la vie quotidienne des pauvres paysans du sud m’ont captivée. Quant à la partie napolitaine, j’y ai retrouvé le décor que l’on avait visité quelques semaines auparavant. Rencontre avec un Mozart inattendu… théories baroques sur la valeur intrinsèque de l’interprétation des castrats tout à fait Fernandes. Rencontre avec un prince de Sansevero étonnant ! Encore une fois, Fernandez nous prend par la main dans les visites de l’Italie. C’est à lui que je dois le rendez vous attendu avec le Caravage à Naples
Eri de LUCA : "Montedidio"
Mon coup de coeur!
Très joli livre composé de courts textes très poétiques. Certains chapitres ne font qu’une dizaine de lignes. Un « conte de Noël » presque, l’essentiel se déroule dans un court laps de temps et se termine à la Saint Sylvestre. Unité de lieu, un quartier de Naples Montedidio. Un récit initiatique : le héros un jeune apprenti devient un homme en trouvant l’amour et perdant sa mère, sa parole est encore celle d’un enfant. Un curieux personnage traverse le récit : un cordonnier juif bossu à qui il pousse des ailes pour rejoindre Jérusalem. Comme Camilleri, Eri de Luca utilise le dialecte pour enrichir l’Italien, le traducteur n’a pas adopté la même technique que le traducteur de Camilleri et préfère laisser les phrases en dialecte telles quelles. C’est sûrement le livre le plus poétique que j’ai lu depuis longtemps
Carlo LEVI : "Le Christ s’est arrêté à Eboli"
Ne pas s’arrêter à ce titre trompeur : il ne s’agit en aucun cas d’un livre religieux . le Christ n’est jamais parvenu dans le village perdu où l’auteur est relégué par le pouvoir fasciste en résidence surveillée . Village oublié du Christ dans la Lucanie misérable et arriérée . Peinture de la société rurale des paysans très pauvres et frappés de la malaria dans une terre ingrate, des notables, les galantuomini, presque aussi pauvres que les paysans qu’ils méprisent et exploites . les galantuomini forment une caste désuète mesquine liée au pouvoir fasciste, médecins ignorants, pharmaciens, instituteurs, postiers, gendarmes , fonctionnaires bornés tramant de minables guerres de clans et des rivalités encore héritées du temps des Bourbons et des bandits .L’auteur, peintre et médecin trouve la sympathie des villageois en soignant les paysans affaiblis par la malaria . Le pouvoir ou la jalousie des notables, s’oppose à ce qu’ils exerce la médecine . En conclusion, l’auteur analyse la méfiance es gens du sud vis à vis de l’état . Ce n’est pas seulement l’état fasciste qui est contesté par les paysans du sud mais également toute forme d’autorité centrale qui ne leur apporte rien d’autre que des impôts, conclusion terriblement pessimiste d’un état de fait qu’on a pu rencontrer en Sicile .
Dominique FERNANDEZ : "La Course à l’abîme"
Rendez vous à Capodimonte!
En préparation de notre voyage en Toscane, Dominique Fernandez est encore la meilleure référence culturelle . Biographie du Carravage. L’Italie, 1600, Milan, Rome, Naples, La Valette, la Sicile …Rivalités entre les clans français et espagnols dans les Etats du Pape . Leçon d’histoire et de géographie, mais pas seulement . C’est surtout une leçon magistrale d’histoire de l’art et de lecture d’un tableau . Le Carravage est un peintre que je ne connaissais que de nom . c’est donc une découverte. Découverte d’autant plus importante que la peinture du 17ème siècle me laissait indifférente . alors que je me prépare à visiter les Offices je me suis passionnée par la description des tableaux . Importance des symboles dans la peinture religieuse, genèse d’un tableau, le peintre y place son imaginaire, ses amours, sa vision des personnages qui l’entourent . les prêtres y lisent tout autre chose . Exégèse biblique de tous les détails . symbolique des fruits, ceux qui indiquent le péché m’ont surprises : les cerises analogues des couilles, des fraises au contraire image positive de la vigne raisins noirs et raisins blancs . Analogie du Christ et de Dyonisos …Détails sur l’éclairage, le clair obscur : typique du Carravage mais aussi commande en fonction de l’emplacement prévu du tableau dans l’église . L’auteur montre comment dès cette époque l’artiste sert de faire valoir à ses mécènes et joue un rôle politique de premier plan.
C’est aussi un roman d’amour, amours homosexuelles curieusement tolérées dans la société des cardinaux et des princes d’Eglise et en même temps flétries par l’Inquisition . Le peintre marqué d’un chardon tatoué dans sa peau par l’Inquisition est poursuivi pour meurtre à Rome et provoque la vindicte du Grand Maître de l’Ordre de Malte en lui ravissant son favori . Malgré une certaine tolérance, le peintre provoque la tragédie et la met en scène . Analogie avec son personnage de Pasolini dans son roman que j’ai beaucoup aimé .