Pierre Loti: "Au Maroc"
Pierre Loti, qu'il est inutile de présenter. Livre que j'ai dévoré dans un omnibus au Maroc.
J. et J. Tharaud: "Fez ou les bourgeois de l’Islam"
Nous pénétrons dans l’intimité des maisons fermées de Fès. Les auteurs nous racontent les mariages, - pas seulement les cérémonies et les réjouissance-, mais surtout les marchandages secrets qui précèdent ces unions arrangées, les chorfas, ces nobles qui viennent en ambassade chez le père, les chanteuses et les marieuses…Il raconte aussi les esclaves, esclaves domestiques, mais aussi esclaves de lit…Nous ne sommes pas dans la ville au Moyen-âge. Quelques détails de la vie moderne, comme l'autobus, interviennent parfois, la vie se passe pendant le Protectorat. Cette description est fascinante et très bien écrite.
Seule interrogation : quelle est la part d’objectivité dans cette présentation pas toujours flatteuse des Fassis ? Quelle est la part d’exotisme des auteurs en mal de couleur locale ? Les auteurs ne sont pas tendres ni avec les religieux ni avec les bourgeois fassis imbus d’eux-même. J’ai toujours une certaine méfiance envers les colonisateurs persuadés du bon droit civilisateur de l’Occident. Peut-être suis-je trop méfiante. Comment faire la part des choses ?
François Bonjean : "Confidences d’une fille de la Nuit"
Le titre est un peu aguicheur « fille de la nuit » prête à tous les fantasmes. Ce serait presque un livre à l’eau de rose. Malika, jeune fille d’une famille pieuse mais pauvre est envoyée dans une famille noble pour apprendre la broderie. La maîtresse lui apprend à faire le pain, l’utilise pour les courses, la punit plus que les jeunes filles riches mais elle lui donne une très bonne éducation et sait l’apprécier. Elle tombe amoureuse du jeune homme de la maison qui la demande en mariage à son père. Pas question d’une mésalliance ! Le père ne veut pas qu’on lui reproche sa basse extraction. D’ailleurs elle est promise au fermier qui exploite ses terres au village. On finit par la marier à Chaoui, un fonctionnaire grossier et égoïste. Arrivera-t-elle à vivre son amour ?
Cette intrigue un peu simplette raconte la vie des femmes marocaines à l’époque du Protectorat. C’est passionnant, bien que j’aie les mêmes réserves que pour les "Bourgeois de Fès" de Tharaud. L’exotisme n’est-il pas exagéré ? Est-ce qu’on n’a pas forcé le trait pour épater? Il faudrait que j’en parle avec des marocaines.