L'Art dans les chapelles, expositions organisées dans les églises par les communes du Pays de Pontivy, permet de découvrir l'art contemporain et le patrimoine religieux du Morbihan.
Les visites s'organisent autour de quatre circuits. Je n'ai eu le temps que d'en parcourir deux, le bleu et le rouge, mais c'est un vrai régal de pouvoir ainsi visiter les petites chapelles de la région avec leur mobilier souvent très riche, rétables polychromes, plafonds en lambris peints, statues en bois primitives et naïves, hautement colorées, représentant les saints du pays.
Et quand la visite s'accompagne d'un coup de foudre pour une installation ou une peinture contemporaine, on peut dire que le plaisir est à son comble.
Donc, si vous passez des vacances dans cette région, ne ratez pas cette manifestation artistique qui a lieu chaque été du 1er Juillet à la mi Septembre avec des expositions qui se renouvellent.
Le circuit bleu. Départ de Pontivy.
La première chapelle que j'ai visitée est celle de Sainte Tréphine. C'est une petite bâtisse en granit avec un clocher et une sacristie polygonale qui semble avoir été ajoutée. A l'intérieur une nef unique très simple mais parée de la beauté de son rétable polychrome au-dessus de l'autel et de ses statues en bois : Sainte Tréphine, Saint Louis, Sainte Catherine. La voûte est recouverte d'un très beau lambris peint du XVIII° siècle qui raconte la vie de Sainte Tréphine. Celle-ci fait partie de ces saints que l'on appelle céphalophore (qui porte sa tête) et il y en a beaucoup en Bretagne.
Qu'est-il arrivé à cette Sainte Tréphine ? Mariée par son père à Conomor, le Barbe Bleue breton, elle est décapitée par son mari qui la sait enceinte et à qui on a prédit qu'il serait tué par son fils. Saint Gildas replace la tête de la sainte pour qu'elle puisse accoucher de son fils qui deviendra Saint Trémeur, un autre saint céphalophore. Sainte Tréphine finira sa vie au couvent qu'elle a fondé à Vannes.
Sur les murs de la chapelle sont peints de grands rectangles de couleurs ornés de motifs légers qui imitent le tissu et qui sont l'oeuvre de l'artiste polonais Janusz Stega; il s'est inspiré des maisons polonaises dont les habitants cherchent à imiter le papier peint sur les murs ne pouvant s'en acheter.
L'église de Saint Mériadec à Stival est beaucoup plus grande que la précédente et ne présente pas d'oeuvre contemporaine. La nef est du XV° siècle et le transept et le chevet plat datent du XVII°. Elle est richement décorée et possède des rétables et des statues remarquables : celle de Saint Mériadec, réputé pour guérir les maux de tête et la surdité grâce à cloche nommée le bonnet de Saint Mériadec, et celle de Saint Laurent, patron des cuisiniers, avec son grill. Enfin, il y a celle de Saint Isidore, patron des paysans, qui porte une gerbe de blé.
Des peintures murales illustrent la vie de Saint Mériadec qui vécut au VII° siècle, donna ses biens aux pauvres et se fit moine.
Pour aller à Notre-Dame-de Carmès nous longeons le canal de Nantes à Brest et le traversons. Les paysages sont calmes, verdoyants comme les villages où nous nous arrêtons.
Notre-Dame de Carmès où nous arrivons est, elle aussi une grande église du XVI° reprise aux XVII et XVII° siècle. La décoration est somptueuse, lambris peints du XVII°, rétables polychromes baroques aux colonnes torsadées.
Ensuite, ce n'est plus une église mais l'étang de Roz qui accueille l'installation contemporaine de Sylvie Guiot, de grands écheveaux de fils vert fluo suspendus au-dessus de l'eau. Cela pourrait être beau mais perdue au milieu de cette vaste étendue d'eau, l'installation manque d'envergure. L'effet est perdu. Le cadre par contre est idyllique avec ces étangs couverts de lentilles, les canaux et leur aménagement hydraulique, les grands arbres qui composent un nid de verdure, le silence et la solitude car nous sommes seuls dans ce beau lieu en cette fin d'après midi.
Il nous reste peu de temps pour visiter les dernières chapelles mais enfin nous voici dans celle de Saint Dedreno, dans la commune de Saint-Gérand. Le saint est représenté sous la forme de jumeaux. En fait, on sait peu de choses sur lui si ce n'est que sa statue a été déterrée par hasard par un cochon. Et oui!
Cette chapelle est la plus modeste de toutes au niveau de la taille, belle dans sa simplicité, avec des murs blancs et ses statues, notamment un groupe saisissant de réalisme montrant Saint Apolline et ses bourreaux qui lui arrachent les dents. Elle est la patronne qui guérit les rages de dent!
Et là, coup de foudre. Nous retrouvons une installation de Sylvie Guiot : les deux entrées de la chapelle présentent un enchevêtrement de fils tendus au plafond et qui retombent devant nous, nous obligeant à nous frayer un chemin parmi ces entrelacs. Il s'agit d'un pelote qui se déroule comme un fil ininterrompu, s'élève vers la voûte, redescend vers nous, trace des signes dans l'espace pour finir à moitié dévidée, abandonnée sur le plancher. Il faut tourner autour, se faufiler dans cette forêt, baisser la tête pour éviter cette toile d'araignée qui cherche à nous arrêter. S'agit-il d'un labyrinthe, du chemin inextricable de la vie? Est-ce le fil de la Parque qui se déroule ainsi, noir symbole, toujours prêt à être rompu ?
Enfin, rapide visite de la chapelle de Sainte Noyale (encore une sainte Céphalophore!) où nous retrouvons un oeuvre de Bernard Moninot. Une machine graphique actionné par le vent "écrit" ses mouvements sur une surface recouverte de fumée. Le dessin est transféré sur une plaque de verre et projeté sur le mur sous forme d'un graphisme lumineux.
Quant à la chapelle de la Houssaye qu'il ne faut, paraît-il, rater sous aucun prétexte, nous y arrivons à la fermeture et grâce à la gentillesse du jeune homme qui garde l'exposition nous y entrons pour jeter un coup d'oeil, juste le temps de regretter de ne pouvoir la visiter car elle est manifestement très riche.
Voir diaporamas dans mon carnet de voyages "Pays bretons" : http://www.voix-nomades.com/blog-idc-91 … etons.html
Plus d'infos :
L'art dans les chapelles
Tous les jours sauf le lundi, de 14h30 à 19h.
Ouverture du Point Accueil Saint-Nicodème dès 14h.
Entrée libre.
Du 1er juillet au 10 septembre, y compris le 14 juillet et le 15 août.
Visites commentées gratuites du mardi au vendredi,
départ 14h30 de la Maison du Chapelain.