Omdurman, souk Shaabi, dits aussi "les ateliers modernes". Comme un village sans fin qui déroule ses pistes de poussière de part et d’autre de l’avenue goudronnée. Cases de pisée, maisons de briques et d’autres inachevées de béton sont juxtaposées dans un chaos confondant. Mais où sont les six millions d’habitants de Khartoum ?
Le trafic automobile est dense, mais uniquement sur l’axe asphalté. Autour, c’est le monde des ânes attelés d’une cariole brinquebalante, des hommes affalés, parfois à même la poussière, pourvu que ce soit à l’ombre. Là, des artisans garnissent des matelas de coton. Dans la rue suivante, les ballots de luzerne attendent les bêtes. L’eau rare est recueillie dans des cruches et versée avec parcimonie dans les abreuvoirs. La cohue s’intensifie ; on approche du marché ou bouchers et primeurs se font face. A la sortie d’une allée, la puanteur est insoutenable, mais incontournable : une benne déborde de boyaux de moutons et autres viscères déchargées par les bouchers.
On est content de rejoindre le coin quincaillerie. Lui aussi pourtant se révèle déconcertant car, à côté des tasses plastiques et autres vaisselles made in China, la panoplie de l’artisanat local ne tient guère la route, pas même sur le marché local : du fer blanc tordu et qui se décompose à vue d’œil, évoque vaguement la forme de cuillères ou de couteaux sans manche ni tranchant. Des câbles de vélo rouillés sont pressés en un rond que la ménagère agitera pour disperser la fumée du fourneau. Et c’est à peu près tout ce qu’on trouvera comme objets de fabrication locale artisanale…