On a beau y avoir sué, perdu notre chemin, puis notre orientation, avoir sali nos pantalons de boue épaisse, glissé et trébuché dans les reliefs poisseux, nulle bête sauvage n’est venue à notre rencontre. D’ailleurs, existent-t-elles encore ?
Certes, les agences de voyage de Quito, Puyo ou Tena ne prétendent pas vous mettre face à face avec un de ces animaux féroces qui font la réputation de la forêt amazonienne, mais elles exhibent bien des photos, à tout le moins de singes, de toucans, parfois même de serpents... Rien de tout cela en vérité dans la selva de l’Oriente. La forêt est muette tout le jour et le reste encore après. Quelques sons, comme des grillons au crépuscule, et des jacasseries de perroquets, relayés à l’aube par quelques oiseaux mal embouchés... Il faut sans doute, comme les compagnies pétrolières, s’enfoncer de plus en plus loin dans la forêt pour avoir une chance encore d’entendre ce qu’elle aurait à dire.
Pas d’oiseaux dans les arbres, ni de puma sous les feuillages. On se résout donc à se contenter de l’éphémère et vive beauté des papillons. Et l’on se prend à espérer la race mutante qui voudra bien accompagner ses battements d’ailes d’un chant propice pour repeupler ce désert végétal.