Pendant notre séjour en Irlande, dans la petite cité de Nenagh, nous avons été surpris, en sortant dans la rue, de découvir la ville vide et silencieuse, portes et fenêtres fermées. Que se passait-il? C’était pourtant un jour comme les autres, tout au moins à nos yeux. Nous n’étions pas dimanche, le repos dominical ne pouvait donc pas être l’explication de cette désertification. La plupart des magasins étaient fermés, les pubs aussi. Des drapeaux irlandais ornaient les façades. Une fête nationale ? Mais non, l’atmosphère était bien trop lugubre ! Un deuil, alors?
Mais quand le soir vint, une foule en liesse envahit les rues, les pubs se remplirent. La bière y coulait à flots, rires et chants de triomphe retentissaient. Nous apprîmes ainsi que le Comté de Nenagh avait gagné le match de Hurling disputé contre une autre région du pays. Le Hurling ! Le sport national irlandais !
Il se pratique avec une batte et une balle en cuir blanc à coutures noires extrêmement dure. Ce projectile, quand il est lancé à toute force vers le camp ennemi, atteint une vitesse prodigieuse. Tous les hommes y jouent, enfants, adolescents, adultes. J’ai même vu un bébé d’environ trois ans muni d’une toute petite batte apprendre le jeu avec son papa. Toutes les femmes s’y intéressent surtout quand l’honneur de leur comté est en jeu. C’est pourquoi la population de Nenagh s’était enfermée ce jour-là, installée devant la télévision, dans l’attente fébrile et angoissée du résultat.