Mon voyage à Cuba
"Sur les traces de la Révolution", tel était l’intitulé de ce voyage, organisé par l'Association "Cuba Linda", et il méritait bien ce titre !
Il nous a conduit dans tous les hauts lieux de l’histoire de Cuba : De Santiago de Cuba à La Havane, en passant par la Sierra Maestra, la "baie des cochons" qui vit l'échec de la tentative de renversement de la révolution cubaine organisée par les USA, Trinidad, magnifique ville classée au patrimoine de l'humanité ou Viñales, la merveilleuse vallée du tabac et ses splendides "Mogotes"…
Nous avons visité, à Bayamo, la maison natale de Carlos Manuel Céspedes, cet avocat brillant qui après avoir affranchi ses esclaves a organisé la révolte contre l’Espagne ainsi que le mausolée de José Marti, personnage très important de l’histoire de Cuba à la pensée duquel se réfèrent Fidel Castro et tout le mouvement révolutionnaire. Dans la Sierra Maestra nous avons fait une marche de quatre heures pour nous rendre dans le campement d’où Fidel Castro, Che Guevara et ses "guerilleros" ont organisés la résistance au gouvernement corrompu de Cuba. Notre Guide, José, nous a expliqué dans le détail comment ces hommes sont arrivés là et se sont battus contre l’armée de Batista.
Nous avons visité, à Santa Clara, le mausolée de Che Guevara et de ses compañeros, moment d'intense émotion, ainsi que le train, pris d'assaut par les troupes du Che, exploit qui allait entraîner la chute définitive du régime de Batista.
L’histoire de ce pays est une suite de luttes contre l’esclavage et toutes les autres formes de domination. L’histoire de ce pays c’est l’histoire de la dignité contre la soumission.
A Santo Domingo, petit village de montagne dans la Sierre Maestra, nous avons assisté à la levée du drapeau par les écoliers. Tous les matins à 8h 15 les élèves se mettent en rang, la cérémonie peut commencer. Elle est dirigée par un ou une élève, et deux autres qui déplient et montent le drapeau sur son mât. Petite chanson, mouvement d’assouplissements le salut au drapeau et les élèves rentrent en classe. Deux retardataires dévalent la rue et se joignent au groupe, la femme de service balaye la cour et le cochon, derrière le bâtiment, continue à fouiller le sol imperturbable et toléré par tous. La cour d’école est en terre battue, parsemée de buissons de fleur joliment arrangés, en contrebas il y a l’aire de jeux. Ce sont les mêmes jeux d’éveil que chez nous, sauf qu’ils sont fabriqués artisanalement en bois.
C’est une toute petite école de village, les classes sont minuscules, mais toutes équipées de télévision, car on nous explique qu’à heures fixes il y a des programmes éducatifs pour chaque classe. Comme dans toutes les écoles de Cuba (certaines n'ont qu'un élève et un professeur !), une pièce est équipée d’ordinateurs car tous les enfants de Cuba bénéficient de cours d’informatique. Si les bâtiments sont très "rustiques" et auraient bien besoin d'être rénovés, en revanche les écoliers sont tous très soignés dans leurs uniformes, chemisettes blanches et jupes ou shorts rouges bordeaux.
Ce qui est perceptible à tout moment, c’est le respect de l’enfant, la conscience que c’est ce que le Peuple Cubain a de plus précieux.
A côté de l’école il y a le dispensaire, même bâtiment rustique mais même préoccupation de l’humain. La prévention est écrite en lettres majuscules sur les murs. Des affiches sensibilisent sur différents problèmes de santé. Il y a un médecin, Carlos, débonnaire et efficace qui fait ses visites, dans la montagne, à cheval !
Bayamo est une ville qui m’a beaucoup impressionnée, c’est une ville claire avec une place de la révolution magnifique, d’une propreté impeccable, comme presque toute les rues dans ce pays. Dans une rue du centre, l’école des arts plastiques a "déguisé" les poteaux électriques en objets usuels comme des tubes de dentifrice des flacons de toute sortes, etc… L’art y est omniprésent et nous avons pu visiter d’innombrables galeries de peintures et de sculptures.
Près de la Baie des Cochons, nous avons eu le plaisir de rencontrer Manuel Porto, acteur d’une très grande notoriété à Cuba. Moi, il m’a fait penser à Raimu par sa prestance.
Il a crée une institution de promotion de l'art sous toutes ses formes qui s'adresse à des jeunes entre 18 et 25 ans. Ils sont plus d’une centaine actuellement qui apprennent le chant, le théâtre, la danse et les arts plastiques. Ils se déplacent dans toute l’Amérique Latine pour présenter, gratuitement, leurs spectacles dans les coins les plus reculés.
Nous avons découvert, au cours de la visite, le chantier en construction d'un théâtre en plein air de mille places et de bâtiments pour accueillir encore plus d'élèves. Bien que le gouvernement soutienne cette initiative avec enthousiasme, il la finance à hauteur de ses possibilités et il manque du matériel de toute sorte. L'association "Cuba Linda" s'est proposée à l'y aider.
Manuel Porto nous a expliqué dans quel esprit il avait conçu ce projet, et je suis sûrement très réductrice en ne rappelant que ceci de ses propos : "l’art de qualité, celui qui est pur, doit permettre plus que la simple distraction, il doit développer la pensée, le cœur et l’humanité. C'est en cela qu'il est universel." Le rêve de Manuel Porto est de créer un centre culturel international…notre souhait est qu’il réussisse !
Fin de notre voyage, nous arrivons à La Havane pour le 1er Mai. Le slogan « Unité, Fermeté et Victoire » la jeunesse ouvre le défilé, plus d’un demi-million de havanais manifestent place de la révolution ! Devant Raul Castro, Président de la République de Cuba, Salvator Valdés Mesa Secrétaire Général de la C.T.C (centrale des travailleurs cubains) et de nombreuses délégations étrangères , dont Cuba Linda, prés de trois heures de cortège haut en couleur, en banderoles et en sourires.
L’émotion est forte, un grand moment d’amitié de fraternité et de joie, une vague de drapeaux cubains clôture cette manifestation, nous sommes réellement sur le chemin de la Révolution.
Cette Révolution qui a marqué profondément et positivement ce pays, oui, et je l'ai particulièrement ressenti dans cette façon de prendre en compte la jeunesse, les enfants, la santé, la culture, et dans cette façon unique de poser les priorités.
Ce voyage a été si riche en découvertes, en rencontres, en échanges qu’il est impossible de tout dire ici. Je conclurai donc par ces mots –et c'est le plus important : "Allez-y, regardez, écoutez respirer ce pays, qui nous montre une autre façon d’être, d’autres priorités à avoir. C’est un pays en construction permanente, un pays où les relations humaines sont d’une autre essence, dont la richesse, profonde, s'appuie sur le développement de l'Homme et non sur la recherche effrénée du profit".
Raphaela Guidon