Le Pont Charles, sur le fleuve Moldau (nom allemand) ou Vltar (nom tchèque) est surnommé "le pont des amoureux". Et il porte bien son nom : romantique, magique, en particulier à certaines heures.
Le matin, la brume s'élève du fleuve et le nappe dans une humidité poétique, d'où émergent, silhouettes fantomatiques, les trente statues de grès noir. Baroques, elles retracent l'histoire de la vie religieuse de la ville, saints, représentants de l'Eglise catholique. Elles témoignent d'une active participation à la Contre-Réforme. Une jolie légendes les entoure : la nuit, à l'abri des regards, il est dit qu'elles s'éveillent pour parler théologie.
Dans la journée, les touristes prennent le pont d'assaut et le rendent nettement moins agréable et il faut attendre le soir avant de le voir, illuminé par les réverbères de la ville qui se reflètent dans l'eau noire, reprendre son charme. Très éclairé, il apparaît alors comme un grand point brillant entre les rives. Avec ses flambeaux au-dessus des parapets baroques en pierre, encadré par des tourelles gothiques et des portes de pierre en arceaux à chaque extrémité, il semble rappeler un autre temps, un ailleurs envoûtant.
La tour, côté rive droite, est considérée comme l'une des plus brillantes réalisations gothiques d'Europe, ornée de fines statues de saints (Saint Guy patron de la Bohème) entourant le roi Charles IV. On peut monter dans la tour afin de jouir d'une très belle vue.
De l'autre côté, la plus petite des deux tourelles date du premier pont de Prague, le pont Judith, détruit puis remplacé par l'actuel pont Charles. Romane, datant du 10ème siècle siècle, elle semble plus frêle, moins impressionnante que ses soeurs gothiques(elle se visite également).
Malgré l'impression de finesse qu'il donne, le pont est en réalité une solide construction : il s'appuie sur seize énormes piliers de grès et est protégé par des rondins de bois qui repoussent les blocs de glace charriés par le fleuve en hiver.
Le large pont, sur lequel s'intallent souvent des vendeurs ambulants de produits artisanaux, correspond ainsi tout à fait à l'esprit du quartier de Malà Stana, la vieille ville aux jardins et aux palais baroques, si romantique. Un peu plus loin, d'ailleurs, la roue d'un moulin tourne dans l'eau, éclaboussant de gouttelettes le promeneur. Sur la rive gauche se succèdent, juste au sortir du majestueux pont, de petites ruelles magiques. On peut aussi traverser l'île verte, l'île Campa, superbe jardin floral bordé d'arbres majestueux. On est conquis ou alors vraiment blasé ! Car Prague, de toute façon, est une ville qui se définit ainsi : séductrice. Il suffit de lever les yeux dans les rues et de contempler ce qui nous entoure pour l'aimer. Pour André Breton, le père du surréalisme, la ville représente d'ailleurs "la capitale magique de l'Europe".