Autrefois, le château était à Prague la demeure du roi, protégé par sa garde, entouré par sa cour. Et maintenant ? La République Tchéque, comme son nom le laisse supposer, est une démocratie avec un Président à sa tête. Mais... Rien n'a t-il donc changé ? En effet, le président exerce toujours ses fonctions de gouvernant au château, et à l'entrée, les gardes, hiératiques et immobiles comme des statues, sont encore au poste. Ils portent des uniformes bleu d'opérettes, dessinés par le costumier du film Amadeus Mozart, et gardent fidèlement la grille en fer forgée ornée de deux géants maures armés de massues et de poignards, les défenseurs symboliques du château. Un drapeau flotte : le président est là ; baissé, il est absent.
Bref, rien n'a changé en apparence... Cependant... Cependant... Ce n'est pas en France que l'on verrait une horde de touristes se promener sous les fenêtres du bureau du Président, visible en plein travail. Ce n'est pas non plus en France que le chef de l'Etat viendrait faire sa pause clope dans la cour au milieu de centaines de personnes, ni en France qu'on pourrait le photographier librement dans la rue, souriant, sans qu'un vigile agressif comme un pitbull nous saute dessus. Dans certains pubs, j'ai pu voir à l'entrée affichée une photographie du président, Vaclav Havel (dramaturge à l'origine), en jean et tee-shirt large, aplaudissant un concert de jazz dans une salle sombre et enfumée, sans gardes du corps et de manière anonyme.
Bref, même si le président "règne" dans un château, il vit comme n'importe lequel de ses sujets, librement, simplement. D'ailleurs, à l'époque où j'y étais, il était visiblement très apprécié, comme en témoignent les marques d'admiration sur les murs précédemment cités. Le rêve : un gouvernant proche des gouvernés qui ne se coupe pas de la masse quand il accède au pouvoir.
Je crois que dans ma visite du château, c'est ce qui m'a le plus agréablement sidérée.