C'est à partir de quelques monuments médiévaux de la rue centrale d'El Mu'izz, traversant le coeur du vieux Caire islamique, que la capitale égyptienne est née. C'est de ce même lieux qu'il faudrait, pour vraiment comprendre cette partie de la ville, débuter son chemin. En bâtissant les premiers édifices publics, notamment une Madrassa et un Bimaristan (hôpital), le sultan Qalawun, au 13ème siècle, dessine les premiers jalons du futur plan de la ville : les besoins et l'attraction inhérents à ces deux institutions, en services, en biens, en personnels, ont rapidement permis à la rue El Mu'izz et à ses alentours d'abriter les principales fonctions caractéristiques d'une ville de l'époque : fonctions commerciales, administratives, religieuses....
Encore aujourd'hui, dans le quartier, mais aussi sur la rue El Mu'izz elle-même, les échoppes de marchands, les mosquées, la Beit Suhaimi, les palais et autres Sabil Kutab(fontaines publiques islamiques) se mèlent inextricablement dans un joyeux désordre et un spectacle fascinant. Malgré l'aspect parfois peu engageant de la rue, poursuivez votre chemin jusqu' Bab El-Futuh, porte médiévale majestueuse marquant l'entrée de la ville médiévale. Dans cette partie du vieux Caire, on ne trouve plus de touristes et moins de vacarme. A cet endroit, les artisans égyptiens fabriquent des produits qui sont vendus bien plus cher à quelques centaines de mètres de là, dans le Khan El-Khalili !
Enfin, je ne quitte jamais les lieux sans retourner sur mes pas pour parcourir l'autre versant de la rue El Mu'izz, jusqu'à l'autre porte médiévale, celle de Bab El-Zuweila, située au Sud. Pour cela il faut traverser la rue d'El Azhar, véritable saignée urbaine au coeur de la vieille ville, qui semble avoir été construite par les voitures elles-mêmes... Là encore, mais avec une frénésie marchande encore supérieure, je m'immerge de nouveau dans cette ambiance hors norme qui fait de la rue d'El Mu'izz, épargnée par la circulation, le véritable axe historique de la ville.