Parfois vous aimez la reproduction d'une image et vous avez envie sur le champ d'aller vers elle, dans la ville, le lieu qui l'abritent. En général, il faut attendre, planifier ses vacances, être raisonnable. Et puis l'on ne part pas sur un coup de tête seulement pour aller à la rencontre d'un tableau comme on va voir un ami. Raisonnable, j'ai dit...
Pourtant un matin d'hiver, ça nous a pris. Nous habitions Reims et voilà, La Vierge à L'enfant de Jean Fouquet nous faisait signe au Koninklijk museum, le musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers.
Nous partons le matin très tôt et arrivons avant l'ouverture du musée.
Anvers est noyée dans le brouillard, romantique... mais glacée. Nous nous réfugions dans un café et observons par la vitre embuée quelques rares personnes marchant d'un pas pressé, la tête enfoncée dans le col de leur manteau. C'est à peine si l'on devine les façades de beaux monuments dont les pignons crénelés apparaissaient voilés et flous à nos regards. Soudain, surprenant, inattendu, un homme passe, lentement, insensible au froid, les bras nus dans une légère chemisette. Curieuse vision qui nous fait rire. Etrange rencontre avec une ville que nous n'avions jamais vue et qui s'offre à nous tout en se refusant.
Puis le musée, puis La Vierge à l'Enfant hiératique et droite dans son trône doré, incroyablement svelte, menue, son sein rond dévoilé avec impudeur. Impudeur ? C'est Agnès Sorel, la maîtresse du roi Charles VII qui prête son visage et son corps gracile à la Vierge.
Commandé par le riche trésorier du roi, Etienne Chevalier, ce diptyque peint par Jean Fouquet représente le trésorier sur le volet gauche actuellement à Berlin et La Vierge sur le droit à Anvers. Ce tableau a fait scandale. Pourquoi l'artiste a-t-il choisi Agnès Sorel pour représente Marie ? On lui reproche de l'avoir peinte le sein nu comme une invitation à l'érotisme.
Quant à moi, cette belle représentation de femme me touche. Ce visage aux lignes si délicates mises en valeur par le haut front rasé, ces yeux baissés vers l'enfant, fermés sur leur mystère, cette minuscule bouche rose semblent appartenir à une toute jeune fille, presque un enfant encore.
Ce corps qui est à peine posé sur le siège, légèrement projeté en avant comme pour éviter tout contact avec le dossier, cette peau si blanche, translucide, ce sein nacré, tout me paraît immatériel d'une beauté pure et fragile.
On ne sait plus si c'est une femme réelle qui tient son enfant sur les genoux ou une icône précieuse, la Reine des Cieux. La splendeur dorée de la couronne et du trône ornés de perles, le contraste somptueux entre le fond bleu et les anges bleus et rouges qui l'entourent renforcent encore cette impression.
Et c'est là tout le talent du peintre qui, exécutant le portrait d'une femme bien réelle liée au pouvoir et à la corruption, transcende son image à tel point qu'elle nous apparaît comme la Vierge dans toute sa Gloire, la Mère de Dieu.
Le musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers est très riche avec une collection de plus de 1300 oeuvres présentant l'art belge de 1350 à nos jours et de nombreux maîtres étrangers jusqu'au XX°siècle..
Koninklijk museum Anvers
Leopold de Waelplaats
Tél: 03 2387809
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 17h.
Le dimanche de 10h à 18h.
Fermé le lundi et fêtes
Prix : adulte : 6€
Réduit : 4 €
- 18 ans : gratuit
Dernier mercredi du mois : gratuit