Elle en a fait rêver des explorateurs, cette cité mythique dont René Caillié fut le premier blanc à revenir vivant, en 1828. Elle n’était déjà plus alors cette cité richissime au coeur de la route commerciale transaharienne, mais sa réputation est demeurée associé à un inaccessible bout du monde. En 2006, ni le café internet, ni l’enchevêtrement de fils téléphoniques et électriques ne contredisent ce sentiment de ville perdue. Elle reste assiégée par les sables du désert, sans un mile de bitume, et plongée dans les ténèbres à la nuit tombée ! Faute d’alimentation électrique, la lueur de la nuit est celle des lampes à pétrole dont les boutiques au coin des rues tiennent la mèche allumée. Et les jeunes Tombouctiens ont trouvé un autre usage aux fils électriques : ils y lancent et laissent pendre lamentablement des peaux de chats écorchés…
Certes, les travaux de construction d’un réseau d’égouts dans le centre ville et celle d’un bassin de retenue pour y stocker les eaux du Niger qui ne s’approchent plus de la ville devraient finir par moderniser la physionomie de Tombouctou. Mais il restera ce dédale de ruelles sillonnant entre les maisons de banco, d’épaisses porte dotées d’imposantes ferronneries, et les étalages du marché à même le sable.
Tombouctou a l’air placide d’une cité somnolente et paisible où l’étranger qui s’aventure dans ses rues à la nuit noire ne sentira d’autres menaces que celles de trébucher dans les ornières invisibles.