Si vous vous rendez à Alep, ne manquez pas d’aller visiter le bimaristân Arghun al Kamili. Bimaristân, mot d’origine perse ("bimar" signifie malades et "stan" maison) désigne la maison des malades. Cet hôpital destiné à accueillir des patients fragiles psychologiquement a été construit en 1354 par un émir du nom de Arghun Al Kamili.
Il est étonnant de voir à quel point les malades souffrant de troubles psychiatriques étaient bien traités, dans cet édifice entièrement conçu pour apporter aux patients le calme et la sérénité par un ingénieux parcours entre fontaines d’eau dont le doux bruit constitue un apaisement, fleurs et lumière. Les patients pouvaient se promener, isolés dans le silence absolu.
Les individus plus gravement malades et représentant un danger pour la société étaient enfermés quant à eux dans des cellules derrière des barreaux, toujours avec le son de l’eau.
Dans l’ensemble, on se croirait plutôt dans un beau palais. Difficile d’imaginer des gens reclus dans cet endroit. Fugacement apparaissent les photographies de l’asile psychiatrique San Clemente de Raymond Depardon et le décalage est saisissant. Des siècles et des siècles auparavant, les Arabes avaient déjà une approche de la maladie psychiatrique beaucoup plus évoluée.